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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 17:25

La conférence du plus haut intérêt récemment prononcée par S.E. Mgr Aillet, Évêque de Bayonne, La liturgie blessée, pose l’importante question de comment la Messe est-elle célébrée aujourd’hui en France. Dans une perspective historique, on peut dire que la Messe a plus changée au XXe S que dans tous les siècles précédents, où elle s’était formée lentement par accrétion (développement organique) avec de légères réformes pour nous donner le Missel de 1962. La célébration de la Messe dans l’immédiat avant-Concile commence à montrer des signes de décadence de par certains abus liturgiques, notamment dans la distribution de la Sainte Communion, comme ici à St Séverin en 1955.

http://www.ceremoniaire.net/pastorale1950/docs/feltin57.gif

  Ces abus ont été dénoncés et on a tenté de les réparer, par des textes épiscopaux de semonces, comme celui de S.E. Mgr Feltin, Archevêque de Paris, en 1957 : « nous déclarons que certains usages ne remplissent pas les conditions voulues pour être considérés comme des coutumes légitimes ».

Et puis arrive le rite de 1965. Proprement parlant, cette Messe peut se célébrer dans la continuité des siècles précédents, en latin, ad orientem, avec toute la dignité nécessaire. Mais elle peut également être célébrée versus populum, en toute langue… Ce choix que le Prêtre est amené à faire, que les rubriques lui demandent de faire ouvre la porte à tous les abus, car dès lors qu’il est donné à choisir entre plusieurs choses, le célébrant, selon sa formation liturgique, peut panacher, voire même souvent introduire de nouvelles options non prévues par le Missel.

On peut contester ce rit dans sa lettre, dans sa conception, dans le rôle de transition qui lui a été assigné, mais son défaut majeur réside dans ses rubriques vagues, comportant de nombreux ad libitum. A partir de cela, et à cause de l’esprit de bouleversement et de révolution dans l’Église régnant à cette époque, les instructions de célébration rendues nécessaires par ces rubriques vague, de même que les initiatives contestables des célébrants qu’elles rendaient possibles, ont débouchées sur une idéologie de la créativité.

Lorsque le rit de 1969, apparait, en plus de laisser le champ libre à cette idéologie de la créativité, il s’avère très contestable dans sa lettre, insuffisante au vu du nombre d’éléments du rit de l’Église depuis 2000 ans qui n’y ont pas été retenus. Et les abus, les indults illégitimes au regard de la Tradition comme la Communion dans la main, de se multiplier. C’est ainsi que S.E. Le Cardinal Ratzinger a pu dire en 1998 « l'espace libre, que le nouvel Ordo Missæ donne à la créativité, est souvent élargi excessivement ; la différence entre la liturgie selon les livres nouveaux, comme elle est pratiquée en fait, célébrée en des endroits divers, est souvent plus grande que celle entre la liturgie ancienne et la liturgie nouvelle, célébrées toutes les deux selon les livres liturgiques prescrits » ou encore « Un chrétien moyen sans formation liturgique spéciale a du mal à distinguer une messe chantée en latin selon l'ancien Missel d'une messe chantée en latin selon le nouveau Missel ; par contre, la différence entre une messe célébrée fidèlement selon le Missel de Paul VI et les formes et les célébrations concrètes en langue vulgaire avec toutes les libertés et les créativités possibles, - cette différence peut être énorme ! ».

Voilà pourquoi aujourd’hui, avant même de réformer le Missel Romain, réforme nécessaire pour rendre une certaine consistance historique et liturgique à la Messe à laquelle va l’écrasante majorité des Catholiques, il nous faut réapprendre l’ars celebrandi qui convient au Divin Sacrifice.

 

C’est une réforme longue et difficile, car elle ne se fait pas par décret autoritaire, comme le changement de rit imposé dans les larmes de 1969, mais par l’exemple, par l’exhortation, par l’enseignement, par la supplique. Et, en y regardant de plus près, il s’agit de ce que le Saint-Père tente actuellement, avec la grande prudence qui le caractérise. Notre Pape, tout en restant dans les limites rituelles hélas relativement pauvres de la « Messe de Paul VI », lui donne une emphase, une dignité, par des usages directement hérités de la Tradition de l’Église, et de son magistère d’avant Vatican II. Premier Pape depuis bien longtemps à se préoccuper de la question liturgique, Il a cerné l’ampleur du problème dans son instruction « Redemptionis Sacramentum sur certaines choses à observer et à éviter concernant la très sainte Eucharistie ». Par son exemple et sa parole il incite l’Église universelle à donner la dignité qu’elle demande à la Sainte Messe.

L’usage le plus important et vénérable, qu’il est absolument nécessaire de réintroduire largement, est la position de célébration face à l’Est liturgique. En effet, célébrer versus populum est une chose jamais vue avant 1965, qui introduit une dimension de nombrilisme dans une assemblée fermée sur elle-même, et non dans une position priante, tournée vers son Sauveur. Elle apporte une emphase malvenue à la personne du Prêtre, non qu’il ne faille pas qu’il soit reconnaissable, mais il doit, lorsqu’il célèbre la Messe, s’effacer devant Celui au Nom de qui il célèbre, devant le mystère qui s’accomplit par ses mains. Cette position nuit subséquemment à la sacralité de la Messe. Le Pape Benoît XVI, par son exemple, tente de réintroduire la position traditionnelle, notamment en célébrant ainsi en la chapelle Sixtine, et dans sa chapelle privée. 

http://www.lovingit.co.uk/images/2008-01_papal-mass-ad-orientem.jpg 

Cela a eu pour l’instant quelques effets, comme l’instauration d’une telle manière de célébrer à toutes les Messes en la cathédrale de Tulsa, Oklahoma, et en diverses églises du monde.

http://www.dioceseoftulsa.org/img.aspx?image=images/photos/Misa_Ad_Orientam_.jpg&size=243 http://www.salemcatholic.org/wp-content/uploads/2009/08/Bishop-Slattery-celebrating-Mass-ad-orientem-in-Tulsa.gif

Tulsa, Oklahoma

Le deuxième usage capital à réintroduire systématiquement, dont dépend pratiquement le salut des fidèles, puisqu’il touche au Saint-Sacrement, est la réception de la Communion à genoux, dans la bouche. Nous y reviendrons plus largement sur ce blogue, car ce sujet mérite un article.

Notre Saint-Père donne systématiquement la Communion ainsi, et encourage l’Église universelle à faire de même : « Nous, chrétiens, nous nous agenouillons seulement devant le Saint-Sacrement parce que, en lui, nous savons et croyons être en présence de l'unique et vrai Dieu » ; « Je suis convaincu de l'urgence de donner à nouveau l'hostie aux fidèles directement dans la bouche, sans qu'ils la touchent (…) et de revenir à la génuflexion au moment de la communion en signe de respect » (22 Mai 2007).

http://eucharistiemisericor.free.fr/images/171208_communion1.jpg

La Communion dans la bouche a Dieu merci mieux survécu  aux bouleversements issus du Concile que la célébration ad orientem, étant toujours la règle dans la plupart des pays. Néanmoins, l’agenouillement demeure rare, notamment à cause de la disparition des bancs de communion des sanctuaires.

A ce sujet, la récente lettre pastorale du 7 octobre 2009 de S. E. Mgr Malcolm Ranjith, Archevêque de Colombo (Sri Lanka), à tous les fidèles de son diocèse est d’un haut intérêt : Il y écrit notamment « La Très Sainte Eucharistie doit être administrée avec le plus grand soin et le plus grand respect, et ce uniquement par ceux qui sont autorisés à le faire. Tous les ministres, habituels comme extraordinaires, doivent être revêtus des ornements liturgiques corrects. Je recommande à tous les fidèles, y compris aux religieux, de communier avec respect, à genoux et sur la langue. La pratique de l'auto-communion est interdite et je demanderai humblement à tout prêtre qui la permettrait de suspendre immédiatement cette pratique ». Notons que S.E. Mgr Ranjith a été le secrétaire de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements.

phoca_thumb_l_2010-05-30-luchai-kom-14.jpg

Premières Communions dans le diocèse de Minsk, Biélorussie

Le troisième axe de la restauration de l’ars celebrandi est sans conteste l’art sacré, et la manière d’en disposer dans les églises.

En premier lieu, la musique. Il est capital que le chant grégorien, le chant de l’Église, celui qu’Elle a créé, et qui a donné naissance à toute la tradition musicale occidentale, renaisse en paroisses. Ce n’était pas dans les visées de la réforme liturgique de le faire disparaitre, en effet, la Constitution De Sacra Liturgia, promulguée le 4.12.1963, déclare en son Chapitre II Article, 116 : « L'Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c'est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales par ailleurs, doit occuper la première place... ». Il est également dans les vœux du Pape qu’intervienne une restauration grégorienne dans les paroisses, comme en témoigne son exhortation Sacramentum Caritatis du 22 Février 2007 : « De façon plus générale, je demande à tous les futurs prêtres, dès le temps du séminaire, qu'ils soient préparés à comprendre et à célébrer la Messe en latin, ainsi qu'à utiliser des textes latins et à utiliser le chant grégorien; aucun effort ne devra être négligé en ce qui concerne les fidèles eux mêmes, pour qu'ils sachent l'ensemble des prières communes en latin et qu'en même temps ils connaissent les parties de la liturgie qui doivent être chantées en chant grégorien. (62) ».

Une telle restauration sera extrêmement difficile, ne nous voilons pas la face, de par la perte de la mémoire du chant grégorien  par les assemblées, et l’attachement des Prêtres et laïcs engagés aux mélodies généralement de peu de valeur qui sont désormais la norme pendant la Messe. Néanmoins, il existe des institutions comme la Schola St Maur, la Schola Ste Cécile… qui promeuvent et pratiquent le chant grégorien dans le cadre paroissial.

La musique polyphonique aussi doit retrouver le chemin de l’église. Malgré ce qu’en disent les actes du Concile Vatican II : « Le trésor de la musique sacrée sera conservé et cultivé avec la plus grande sollicitude. Les Scholae cantorum seront assidûment développés, surtout auprès des églises, cathédrales » (De Sacra Liturgia), la plupart des maitrises cathédrales ont disparues, l’Angleterre et l’Allemagne seules ayant encore des maitrises d’excellent niveau. Quant aux chorales paroissiales, n’en parlons pas. Il faut cependant noter une timide renaissance de la tradition maitrisienne en Europe, notamment grâce à la Fédération Internationale des Pueri Cantores. Par exemple, les Cathédrales de Nancy et du Puy en Velay ont retrouvées leurs maitrises récemment.

En deuxième lieu, l’art sacré mobilier et architectural doit également être restauré, et utilisé à bon escient. Là également le chemin sera long. Une telle restauration passe en effet par la promotion d’un art et d’une architecture sacrés s’enracinant dans la Tradition et non dans les idées du temps. Le sujet de la laideur de la plupart des églises construites récemment en France fera l’objet d’un article à lui seul. Je dirais seulement qu’il est nécessaire que l’art sacré soit figuratif, afin d’édifier les fidèles, et que l’architecture sacrée contemporaine doit se réapproprier les plans cruciforme et basilical, et abandonner les plan carré, illégitime, et circulaire, témoin d’un archéologisme malvenu.

Il faut également savoir utiliser les ressources en art sacré détenu par les paroisses, notamment les candélabres d’Autel, qui devraient être placés selon la disposition bénédictine, c'est-à-dire avec le Crucifix au milieu et 3 candélabres de chaque côté.

http://www.france24.com/fr/files_fr/imagecache/france24_ct_player_thumbnail/files/story/20080913-pape-2.jpg http://img339.imageshack.us/img339/2769/maryland1gr5.jpg

                                                                                                    Dans le Maryland 

Enfin, les formes de piété traditionnelles et parfois millénaires de l’Église doivent être perpétuées, comme les fêtes votives, les processions… La Fête-Dieu, autrefois célébration majeure de l’année liturgique est aujourd’hui oubliée dans la plupart des paroisses. Cette fête, importante car affirmation publique de notre foi en la Présence réelle doit redevenir incontournable. Aujourd’hui, elle n’est plus guère célébrée en France que dans les paroisses traditionalistes ou ayant un curé « conservateur ».

http://z.about.com/d/catholicism/1/0/m/1/-/-/Pope_Benedict_Benediction.jpg  http://www.nouvelliste.ch/multimedia/images/img_traitees/2007/07/fete_dieu217_detail_popup.jpg

                                                            A Savise, Suisse

  Mais l’exemple du Pape ne donnera pas comme par magie l’idée de faire renaître les usages anciens et légitimes à un clergé qui les refuse, par manque d’imagination ou idéologie. C’est donc aux laïcs de s’investir dans les paroisses, de demander à leur curé de donner à la Messe, qui appartient à l’ensemble de l’Église, la dignité qu’un si grand Mystère demande.

 

http://lh6.ggpht.com/_YtYKuDvkXWU/S7Ye_E4DglI/AAAAAAAABQU/wL5bg-EKt1Q/eucharistos.JPG

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commentaires

P de Geofroy 19/06/2010 10:39


Je ne trouve pas trace d'un livre de Mgr Aillet portant ce titre mais simplement d'une conférence donnée à Rome cette année pour l'année sacerdotale.


Louis-Marie 19/06/2010 12:50



Oui, pardon, j'ai confondu avec son livre sur la réforme liturgique et le sens du Motu Proprio, cela va être corrigé.



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Approximativement 46 millions d'avortements ont lieu dans le monde chaque année.

Ce compteur donne une idée du nombre de petites vies interrompues depuis le 1er Janvier.

Requiem aeternam dona ei Domine et lux perpetua luceat eis.

Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à Vous.

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