L'humeur d'un cérémoniaire du dimanche... Sujets de fond et sautes de caractère.
Par Anthony Clark, traduction Louis-Marie
Alors que le monde a les yeux fixés sur les jeux olympiques, les fidèles se rassemblent en nombre impressionnant à chacune des Messes célébrée dans cette cathédrale de l’Immaculée Conception, l’une des plus belles de Pékin, appelé ici Nantang (cathédrale du Sud).
Dans sa lettre aux Catholiques chinois du 27 Mais 2007, le Pape évoque « les tensions et les divisions » qui existent à l’intérieur de l’Église chinoise, mais il remarque aussi que les Évêques dits « patriotiques » sont quasiment tout en communion avec le Saint-Siège. Bien que des difficultés persistent, l’Église de Chine est florissante et ses fidèles peuvent pratiquer leur foi ouvertement.
La première Messe dominicale à la cathédrale du Sud, à six heures du matin, est célébrée dans la forme extraordinaire, et les répons latins sont chantés sur des airs mélodieux, conformément à la tradition locale. A sept heures une Messe est célébrée en chinois selon la forme ordinaire, puis suivent deux Messes en anglais. Chacune de ces Messes est tout à fait pleine, de jeunes comme de vieux.
Les ouailles des la cathédrale du Sud ont des dévotions particulières, envers la
Très Sainte Vierge, dont une statue au dessus de l’Autel ne peut échapper au regard, et envers Matteo Ricci, le grand missionnaire jésuite. Sur le parvis se trouvent trois statues, la
sienne, celles de la Sainte Vierge, et de Saint François-Xavier. En arrivant à la cathédrale, les fidèles s’inclinent profondément devant Matteo Ricci, et prient quelques instants devant la
statue de Notre Dame, se trouvant dans une niche de rocaille au dessus d’une fontaine. Une véritable armée de volontaire les attend ensuite, accueillant chaque personne avec un sourire.
Cette église est la plus ancienne de Pékin, fondée en 1605 par Matteo Ricci : chacun peut vois sur le parvis deux grandes stèles impériales offertes aux Jésuites par l’empereur. En effet, le premier empereur de la dynastie Qin, Shunzi était en relation étroites avec les Prêtres Catholiques en charge de l’église, allant jusqu’à la visiter plus de 24 fois durant son règne. Lorsque la cathédrale fut endommagée par un incendie en 1775, l’empereur Qianlong fit le don de 10 000 taëls d’argent afin de financer la reconstruction.
Suite aux guerres de l’opium qui eurent lieu au milieu du XIXe S, l’édifice fut confisqué
par le gouvernement, pour n’être restitué qu’en 1890. Les Boxers, lors de leur Révolte le brûlèrent jusqu’aux fondations, et en 1904, l’église fut reconstruite. Aujourd’hui, cette immense
cathédrale de style baroque ne peut plus contenir les foules immenses se rendant en pèlerinage sur le site de la première mission de Matteo Ricci.
Après la Messe j’eus l’occasion d’échanger avec l’Abbé Liu, un jeune Prêtre chaleureux et accueillant, qui m’annonça joyeusement que les restrictions concernant les relations entre l’Église en Chine et le Vatican font désormais partie du passé. La procure d’article religieux, ouverte entre les Messes vend des livres, des images pieuses et des cartes du Saint-Père. Et les bénéfices sont élevés ! En sortant, je fus accompagné par le son des cloches, annonçant gaiement la célébration des Divins Mystères.
Malgré les ouvertures, et la relative liberté dont jouissent les Catholiques chinois
aujourd’hui, certains signes du rejet des religions par le régime communiste demeurent : Alors que je tentais de prendre le taxi pour me rendre à la Messe du soir, les chauffeurs me
répétaient tous qu’ils ne connaissaient pas l’adresse indiquée, malgré le fait que l’église se situe dans le quartier le plus touristique de Pékin, à quelques mètres de la place Tiananmen. L’un
d’entre eux, un excentrique sans doute, accepta de m’y conduire, mais non sans me répéter constamment que « les chinois ne croient plus en les esprits ». En réalité les autres refusent
de conduire quiconque à l’adresse d’un lieu de culte Chrétien. De même, alors que j’écris cet article sur mon ordinateur ayant un accès internet, il est impossible d’accéder au site du
Vatican.
D’un côté, je peux tout à fait me rendre à la Messe, avec des centaines de croyants (si
j’arrive à trouver un taxi !), et je suis libre de mentionner le Pape dans une conversation, mais de l’autre je n’ai pas accès au site du Vatican. Il y a donc encore de sérieuses
restrictions à la liberté de religion ici, qui cependant disparaissent un moment des esprits le temps de la célébration des Mystères éternels de la Foi, ici, à Pékin, capitale de la Chine.
