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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 18:47

 

Les trois ans du Motu Proprio Summorum Pontificum.

 

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Voilà trois ans, le 7 Juillet 2007 exactement, le Saint-Père Benoît XVI, entendant la prière du petit et remuant troupeau des Catholiques attachés à la liturgie Tridentine, promulguait le Motu Proprio Summorum Pontificum. Ce Motu Proprio a été reçu avec gratitude et joie dans une partie de l’Église, et avec des grincements de dents dans une autre. Maintenant que ses effets ce sont déclarés, que sa pratique s’est stabilisée, et que chacun a pris position pour ou contre son application, nous pouvons nous risquer à analyser ce document et ses conséquences. Je ne prétends bien évidemment pas savoir ce que pense le Pape en édictant un tel document, ni en faire une exégèse approfondie, car il s’agit d’une œuvre d’une grande intelligence, pensée sur un terme extrêmement long, et sans nul doute inspirée par l’Esprit-Saint. On peut cependant dès aujourd’hui distinguer trois buts majeurs, et subséquemment trois types de conséquences majeures, dans ce Motu Proprio :

 

I) Une œuvre d’unité Catholique

II) Une place assurée pour la Messe Tridentine

III) Un point de départ pour la restauration liturgique

 

I) Une œuvre d’unité Catholique

 

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Notre Pape Benoît est très préoccupé d’unité. Cela se voit dans les nombreux gestes qu’il fait envers les communautés séparées, et les documents qu’il fait publier, comme ce fameux texte sur la primauté pontificale dans l’Église indivise, ou bien la constitution apostolique Anglicanorum Coetibus.

Summorum Pontificum procède évidemment de la même veine. On se souvient que Le Cardinal Ratzinger avait pris part aux tentatives de réconciliation avec la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, suppliant Mgr. Lefebvre de ne pas sacrer les quatre Abbés Tissier de Malleray, de Galaretta, Williamson et Fellay sans mandat pontifical. La rupture avait été pour lui, en tant que cardinal, puis Pape une blessure personnelle. Pour tenter de réparer ce qu’il considérait également être une blessure pour l’Église, il participa à la mise en place de la Fraternité Sacerdotale Saint Pierre.

Venons-en au texte proprement dit du Motu Proprio :

Dans son article 1 il est écrit : « Le Missel romain promulgué par Paul VI est l’expression ordinaire de la « lex orandi » de l’Église catholique de rite latin. Le Missel romain promulgué par S. Pie V et réédité par le bienheureux Jean XXIII doit être considéré comme l’expression extraordinaire de la même « lex orandi » de l’Église et être honoré en raison de son usage vénérable et antique. Ces deux expressions de la « lex orandi » de l’Église n’induisent aucune division de la « lex credendi » de l’Église ; ce sont en effet deux mises en œuvre de l’unique rite romain ».

Ici, le Pape réduit à néant un certain raisonnement consistant à opposer les deux formes de la Messe pour en déduire que seule l’ancienne est Catholique. Ce raisonnement, celui des sédévacantistes et des traditionnalistes les plus durs, ne tient plus dès lors que Rome a posé comme principe intangible l’égalité des deux rits aux regards de la lex orandi de l’Église. Mais cette égalité des deux rits pose aussi la dignité immense de la Messe de Saint Pie V, souvent marginalisée, considérée comme « pas à la page », poussiéreuse… Le pape ici conduit chaque faction de l’Église, des traditionnalistes aux modernistes, à accepter la forme de Messe soutenue par l’autre.

Un autre point important est abordé dans le deuxième paragraphe de cet article 1 : « Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le bienheureux Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église ». C’est ici l’argumentaire traditionnaliste de l’impossibilité de l’abrogation de la Messe tridentine que se trouve confirmée par le Saint-Père, une argumentaire qui de toute façon était difficilement contestable, au vu du droit canon, et des précédents, comme les diverses interdiction de célébration de certains rites orientaux, toujours levées au cours des siècles.

Un nouveau terme pour désigner la Messe de Saint Pie V a été introduite par Summorum Pontificum et rapidement plébiscitée partout dans le monde : celui de forme extraordinaire du rit romain. En plus de souligner tout ce qui est développé plus haut, cela qualifie d’une merveilleuse façon l’ancien rit, réellement extraordinaire par sa sacralité, alors que la nouvelle Messe a cela d’ordinaire qu’elle banalise assez gravement le Saint-Sacrifice. Il se peut malheureusement que certains épiscopes et antistites, voyant midi à leur porte, aient interprété ce terme comme « extraordinaire en occurrence »…

Le Motu Proprio Summorum Pontificum est aussi un instrument d’unité en ce qu’il a préparé la voie et les mentalités au Motu Proprio Ecclesiae Unitatem, concernant le dialogue avec la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X.

Au niveau des résultats, sur une période aussi courte, peut-on juger d’effets positifs en termes d’unité des Catholiques ? Mille fois oui ! Nous avons vu, suite à la promulgation de Summorum Pontificum, des diocèses, des paroisses, des communautés s’ouvrir largement à la forme extraordinaire du rit romain. Sans nier les nombreux blocages et difficultés qui subsistent, il faut ouvrir les yeux sur les progrès que nous avons faits sur cette période. Nous avons vu des célébrations pontificales de la Messe de Saint Pie V toujours plus nombreuses, d’autres en paroisses, des érections de paroisses personnelles, des gestes ponctuels comme les ordinations de l’année dernière du diocèse de Toulon en rit tridentin, la présence de Mgr. de Paris au pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté… N’oublions pas que notre Pape pense les choses sur le long terme, et que les effets positifs du Motu Proprio vont continuer à se révéler et se développer.

Nous arrivons tout naturellement à la seconde partie de cet exposé :

 

II) Une place assurée pour la Messe Tridentine

 

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Il faut aborder ici la nature du document pontifical. Ce n’est pas une tolérance, pas un indult, c’est un Motu Proprio, une décision souveraine prise de son propre chef par le Pape, signée par lui uniquement, un acte de souveraineté sur l’Église. C’est donc un document très fort, et qui devrait (normalement) ne susciter autre réaction qu’une obéissance fidèle empressée. Cette lettre pontificale remplace les documents Quattuor Abhinc Annos, qui est un indult émis par Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, et Ecclesia Dei adflicta, un Motu Proprio du Pape Jean-Paul II. Ces précédents document diffèrent fondamentalement de Summorum Pontificum en ce qu’ils ne donnaient qu’une place marginale, dépourvue de réelle grande légitimité, à la Messe tridentine, dont la célébration était suspendue à toute une batterie de conditions et d’autorisations de Rome ou de l’ordinaire du lieu.

Le texte du Motu Proprio dispose notamment dans son article 2 : « Aux Messes célébrées sans peuple, tout prêtre catholique de rite latin, qu’il soit séculier ou religieux, peut utiliser le Missel romain publié en 1962 par le bienheureux Pape Jean XXIII ou le Missel romain promulgué en 1970 par le Souverain Pontife Paul VI, et cela quel que soit le jour, sauf le Triduum sacré. Pour célébrer ainsi selon l’un ou l’autre Missel, le prêtre n’a besoin d’aucune autorisation, ni du Siège apostolique ni de son Ordinaire ». Il faut également mentionner les dispositions de l’article 5, un peu longues pour être citées intégralement, qui sont celles concernant la célébration de la Messe tridentine dans un cadre paroissial, qui doit avoir lieu dès qu’un groupe de fidèles a présenté en pétition en ce sens à son curé. Enfin, l’article 7 prévoit que « Si un groupe de fidèles laïcs dont il est question à l’article 5 § 1 n’obtient pas du curé ce qu’ils lui ont demandé, ils en informeront l’Évêque diocésain. L’Évêque est instamment prié d’exaucer leur désir. S’il ne peut pas pourvoir à cette forme de célébration, il en sera référé à la Commission pontificale Ecclesia Dei ».

La disposition fondamentale est la liberté totale pour un Prêtre de célébrer de façon privée la Messe qu’il souhaite, et son corollaire, la liberté pour un groupe de fidèles d’assister à la Messe en forme extraordinaire. Ici, ce sont des libertés (bien que je n’aime pas du tout ce mot fourre-tout) qui sont affirmées, auxquelles nul Prêtre, Évêque, ne peut s’opposer. Mieux, le Motu Proprio, en termes très directifs, demande aux Prêtre et aux Évêques d’accéder à ces demandes, ce qui est leur devoir. La possibilité pour un ordinaire d’ériger des paroisses personnelles de forme extraordinaire est mentionnée et soulignée article 10.

Le Motu Proprio donne donc à la Messe de toujours une place véritable, qui n’est ni l’effet d’une particulière bonté d’un ordinaire, ni une tolérance envers des gens considérés au mieux comme arriérés.

Au point de vue pratique, il faut reconnaitre que la sacralité et les éminentes qualités intrinsèques de la liturgie ancienne lui ont permis de conquérir rapidement un place importante dans l’Église d’aujourd’hui, en tout cas en Occident,  et qui est appelée à grandir encore en importance. La Messe de Saint Pie V, autrefois proscrites des cathédrales et des paroisses pour être cantonnée dans des chapelles souvent de fortune y est réapparus, de façon conjointe avec la nouvelle forme ce qui permet de les comparer, de faire se connaitre les fidèles des différentes Messes, et de faire « communiquer » (nous reviendrons là-dessus) les deux formes. Un exemple tout simple est la Messe de Saint Pie V célébrée tout les dimanches dans ma paroisse, ou encore le fait que la Messe tridentine des étudiants de Paris ne soit plus célébrée en la chapelle Notre Dame du Lys mais dans la chapelle absidiale de l’église Saint-François-Xavier. Des paroisses personnelles nouvelles apparaissent (comme à Montmorency le mois dernier) et d’autres sont appelées à apparaitre. Le cercle étant vertueux à mon sens (plus la Messe est célébrée, plus de nombreuses personnes la découvrent, l’aiment et demandent des célébrations supplémentaires), le développement de la présence de la Messe tridentine dans l’Église d’aujourd’hui ne peut être qu’exponentiel.

La Messe tridentine ayant recouvré, au moins en théorie (c'est-à-dire dans un monde parfait, sans épiscopes obtus) la place qui lui est due dans l’Église, elle fécondera de son esprit sacré et la pratique privée des fidèles, et la célébration publique de la Foi.

 

III) Un point de départ pour la restauration liturgique

 

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En rendant ses lettres de noblesses à la Messe tridentine, le Pape Benoît XVI agit également sur la célébration de la Messe nouvelle, sans que cela soit flagrant. En effet, promouvoir la Messe de Saint Pie V (et c’est clairement ce que le Pape fait), c’est promouvoir une verticalité dans la Messe communautaire, une sacralité, un respect très haut pour l’Eucharistie, et un ars celebrandi extrêmement soigné. En fait, c’est ce qui fait souvent défaut dans la célébration habituelle de la Messe ordinaire en paroisse. La réintroduction de la Messe tridentine, par principe de vase communiquant, va apporter à la Messe ordinaire plus de sacralité, notamment lorsque les mêmes ministres sont appelés à célébrer les deux forme. Il faut rappeler que dans sa lettre aux Évêques accompagnant le Motu Proprio Summorum Pontificum, le Saint-Père cautionne lui-même cette interprétation en s’élevant contre les abus liturgiques : « En de nombreux endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel ... cette créativité a souvent porté à des déformations de la Liturgie à la limite du supportable. » Il appelle en conséquence à ce que « dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI, [soit] manifestée de façon plus forte que cela ne l'a été souvent fait jusqu'à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien. ».

Le Motu Proprio est donc bien un élément important, une base forte pour l’herméneutique de continuité, qui manquait jusqu’ici de véritable reconnaissance puisque se basant sur une forme de célébration marginale et marginalisée pour en tirer une façon de célébrer la forme la plus commune.

Nous pouvons, je pense, nous attendre dans les prochaines années à des modifications dans la célébration de la Messe de Paul VI inspirée du Missel de 1962, comme la fin progressive de la communion dans la main, et à plus long terme, la réorientation de la Messe et une certaine réintroduction du latin. Tout au moins si nous avons la grâce de garder longtemps notre Pape et que son successeur soit de sa trempe. Mais ne nous mettons pas trop la rate au court-bouillon, ayons confiance en l’Esprit-Saint pour guider l’Église. Je vais donc finir par cette prière :

V: Oremus pro Pontifice nostro Benedicto.
R: Dominus conservet eum, et vivificet eum, et beatum faciat eum in terra, et non tradat eum in animam inimicorum eius.
V: Fiat manus tua super virum dexterae tuae
R: Et super filium hominis quem confirmasti tibi

Oremus. Deus, ómnium fidélium pastor et rector, fámulum tuum Benedíctum, quem pastórem Ecclésiæ tuæ præésse voluísti, propítius réspice: da ei, quæesumus, verbo et exémplo, quibus præest, profícere: ut ad vitam, una cum grege sibi crédito, pervéniat sempitérnam. Per Christum, Dóminum nostrum. Amen.

 

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Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à Vous.

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